Être aumônier au temps du COVID 19 !
Article mis en ligne le 14 avril 2020
dernière modification le 10 avril 2020

par Claudine Curtil


La mission d’aumônier en temps « normal » se singularise par la présence auprès des malades, des familles, des soignants.
Une présence toute en nuance selon les attentes, les besoins, les demandes que nous discernons au pas à pas, en cheminant avec les uns et les autres.
Aujourd’hui, alors que toute la société vit un bouleversement inédit, nous devons, en tant qu’aumôniers, nous adapter à la situation présente pour continuer à rendre visible cette présence.
Cela veut dire être créatifs pour inventer de nouvelles façons d’être en lien : accompagner par téléphone le patient ou la famille, envoyer par mail à la cadre de santé le courrier d’une famille qui ne peut plus joindre le patient et continuer de visiter, avec l’accord de soignants, là où c’est encore possible alors que la présence des familles n’est plus autorisée.
Ces derniers jours, notre équipe de l’hôpital Edouard Herriot a pu aller prier auprès de 4 personnes dont 2 avant leur décès. Les familles sont soulagées de savoir qu’une présence croyante a pu se vivre dans ces derniers moments, qu’un lien est possible entre la famille et le patient et qu’ils ne sont pas seuls face à la maladie, face au départ du proche, face à l’inconcevable, face au tragique de la vie…

Il faut souligner l’accueil et l’attention des équipes soignants qui font tout leur possible pour nous tenir au courant, nous accueillir avec bienveillance malgré leur fatigue et donner régulièrement des nouvelles aux familles.

Et puis, quand vient la mort, il faut alors songer aux funérailles. Mais comment faire quand on n’a pas pu dire au revoir à celui ou celle qu’on aime, que les gestes d’affection sont impossibles ? Comment faire quand les proches sont au loin sans possibilité de se déplacer ? Comment faire quand les rites eux-mêmes sont si encadrés, si réduits au minimum que les familles se sentent dépossédées de ces gestes si importants ?
Tout cela peut être source de grande frustration, voire de culpabilité. Et pourtant, les rites restent importants pour ouvrir un avenir possible et permettre une reconstruction de chacun, par-delà la douleur de la séparation.
Alors, comment et à qui exprimer la souffrance ressentie pour toute mort d’un proche ? Comment commencer un "travail du deuil" qui peut durer longtemps dans les situations complexes ?
Il va nous falloir mettre en place une "pastorale des liens brisés" (expression de Jean-Marie Onfray, responsable national de la pastorale de la santé), un espace d’écoute de souffrances des familles mais aussi à prendre le temps d’écouter les soignants qui parfois se heurtent à la réalité de mort brutale, à laquelle ils n’ont pas été préparés.

Les aumôneries, mais aussi nos paroisses, devront être inventives et redire que l’Eglise est là pour porter avec eux, pour accompagner et vivre des temps de célébration même dans un temps différé.

Là aussi, il nous faut réinventer d’autres moyens de mettre en lien, de proposer par exemple aux familles de vivre des rituels à la maison pour nommer l’absence avec des dimensions symboliques qui font signe et qui apaisent et de solliciter les paroles des proches avec les outils de communication à notre portée.

Elisabeth Jasserand
Aumônerie catholique et protestante de l’hôpital Edouard Herriot