Vierges folles - pas si folles ? Vierges sages - pas si sages ?
Article mis en ligne le 9 novembre 2020

par Anne-Marie

Voici, envoyé par Françoise Masson, une belle homélie du Père Hébert pour l’évangile d’hier .
Le père Hébert est aumônier des Foyers de Charité, à Châteauneuf de Galaure, après avoir exercé son ministère dans le diocèse de Belley-Ars

Je trouve qu’on accuse trop souvent et trop vite les cinq jeunes filles qu’on qualifie d’insouciantes. Après tout, ce n’est pas de leur faute si elles n’ont plus d’huile, c’est la faute de l’époux qui avait tellement de retard ! Vous imaginez, pour un mariage qui était sans doute prévu en fin d’après-midi, il n’arrivera qu’au milieu de la nuit, ce n’est quand même pas très sérieux !

L’Evangile nous laisse entendre qu’elles auraient dû, comme les cinq autres, prendre de l’huile en réserve. Mais ces cinq-là, peut-être ont-elles passé encore plus de temps à se faire belle que les autres, non pas pour attirer l’attention sur elles, mais pour être à la hauteur de l’événement qui allait être célébré. Alors, quand elles ont eu fini de se préparer, peut-être ont-elles eu peur d’arriver en retard, du coup, elles sont parties précipitamment et c’est là, pour être sûres d’être à l’heure, qu’elles sont parties un peu trop vite, en oubliant de prendre de l’huile en réserve. Mais l’époux, elles le connaissaient, elles savaient qu’il était tellement heureux à la perspective de ce mariage qu’elles étaient sûres qu’il serait plutôt en avance qu’en retard ! Donc, constatant leur oubli, elles n’ont pas jugé bon faire demi-tour pour retourner chercher les réserves d’huile oubliées.

Comme vous pouvez le constater, j’ai vraiment envie de défendre ces cinq jeunes filles dites insouciantes. Et puis, vous m’excuserez, mais s’il y en a qui méritent des remontrances, ce sont les cinq jeunes filles prévoyantes qui refusent de partager. Certes, elles avaient peur que leurs réserves ne suffisent pas, mais quand même refuser de partager, c’est grave ! Quand elles ont entendu l’époux arriver, elles auraient dû prendre le risque de donner un peu de leur huile et ensuite, elles n’avaient qu’à courir ensemble, toutes ensemble, dans un bel élan de solidarité, pour arriver avant que les lampes fraichement rechargées ne s’éteignent !

On pourrait continuer longtemps à imaginer ceci et encore cela et à prendre parti les uns pour les 5 jeunes filles insouciantes et les autres pour les cinq jeunes filles prévoyantes en nous opposant des arguments sans doute valables mais qui nous feraient passer à côté de ce que Jésus veut nous faire comprendre en nous racontant cette parabole. Alors quelle est la leçon que Jésus veut nous aider à tirer de cette histoire ? Personnellement, j’en vois trois et je veux vous les partager.

Mais auparavant, il me faut éclaircir deux points. Tout d’abord, il est bon de préciser que l’époux, c’est Jésus lui-même. Et qu’ensuite, dans ce texte, Jésus annonce sa venue dans la gloire, ce que nous appelons plus communément son retour. Cette certitude de foi que Jésus reviendra, nous l’affirmons, chaque dimanche, dans le Credo en disant que Jésus, après sa mort et sa résurrection, est monté aux cieux, qu’il est assis à la droite du Père et que de là, il viendra pour juger les vivants et les morts. C’est ce que les théologiens appellent d’un mot compliqué : la parousie. Ceci étant précisé, venons-en aux 3 leçons à tirer.

1/ La 1° leçon devrait procurer un grand soulagement à ceux qui sont anxieux quand ils pensent à ce jugement final. Jésus en parle comme d’un mariage, il viendra, non pas sous les traits d’un juge impitoyable, mais sous les traits d’un fiancé épris d’amour nous proposant de faire vie commune avec lui pour l’éternité ! Quelle bonne nouvelle ! Sa venue n’est pas à envisager comme un passage au tribunal, mais comme la proposition de noces éternelles. C’est une certitude, le Seigneur n’a qu’un seul désir, comme chaque fiancé d’ailleurs, c’est que, le jour du mariage, pour ces épousailles éternelles, lors de la demande qu’il va formuler à chacun d’entre nous, personne ne lui dise : non !

2/ Venons-en à la 2° leçon, en nous demandant pourquoi il tarde à venir dans sa gloire ? Ce fut une grande question pour les premiers chrétiens qui, au début du christianisme, étaient persuadés que ce retour était imminent. La formule que Paul utilisait dans la 2° lecture pourrait même laisser entendre qu’il pensait voir cette venue du Seigneur dans la gloire de son vivant. Les premiers chrétiens étaient tellement perturbés par ce retard que Saint Pierre a demandé d’être éclairé sur le sens de ce retard pour l’expliquer à tous ceux qui se mettaient à douter de la réalité de la venue de Jésus dans la Gloire. Et vous savez ce que le St Esprit lui soufflera et qu’il expliquera en ces termes à la fin de sa 2° lettre : « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. »

Le Seigneur ne tarde pas, il nous laisse du temps, ce n’est pas pareil ! Et pourquoi nous laisse-t-il du temps ? Pas pour que nous nous endormions comme ces jeunes filles et à ce niveau-là, elles ont toutes choisi la plus mauvaises des solutions ! Or c’est bien ce qui se passe aujourd’hui, les hommes s’endorment, les chrétiens comme les autres. Pendant le 1° confinement, chez nous, en France, vous savez que nous avons presque été enfermés. Il fallait de bonnes raisons pour sortir et remplir une déclaration sur l’honneur que les gendarmes contrôlaient. Evidemment, ce n’était pas agréable et puis, surtout, chacun a pu réaliser que la plus grande richesse c’était la vie relationnelle. Mais c’est quand on en est privé qu’on le découvre. Alors, tout le monde disait : dès que nous pourrons sortir à nouveau, plus rien ne sera comme avant, nous donnerons de l’importance à ce qui en mérite vraiment. Et puis le déconfinement est arrivé et très vite, la vie d’avant a repris comme si rien ne s’était passé. Avec la perspective de l’été qui arrivait, la grande préoccupation était de savoir si chacun pourrait partir en vacances, du moins ceux qui en ont les moyens !

Ça ne fait aucun doute, nous nous laissons endormir et, dans ce domaine, la plupart des chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ! Avec le nouveau confinement que nous vivons et le risque qu’il dure au-delà de Noël, la grande question, c’est de savoir s’il y aura des dérogations pour fêter Noël … mais pas dans la perspective d’aller à la messe, non, ce qui préoccupe, c’est de savoir si le repas pourra avoir lieu, un repas dans lequel trop de gens mangent et boivent 4 fois plus qu’ils n’ont faim et soif ! Nous nous laissons endormir peu à peu en accordant tant d’importance à ce qui n’en a pas beaucoup et en délaissant le plus essentiel. Et les épreuves que nous vivons, qui, je le précise, ne viennent jamais de Dieu, au lieu de les accueillir comme des invitations à nous laisser réveiller, nous les traversons en comptant les jours pour pouvoir vivre à nouveau comme avant dans l’insouciance.

C’est donc par miséricorde que le Seigneur tarde, il veut nous laisser le temps de nous réveiller. Vous imaginez un peu la honte que vous auriez si un matin, vous n’entendiez pas le réveil et qu’un ami à qui vous avez donné rendez-vous, rentre chez vous, vous appelle et vous trouve en pyjama ! C’est pour nous épargner cette honte que le Seigneur tarde, pas pour que nous en profitions pour faire n’importe quoi en profitant de la vie.

Mais attention, il ne faudrait pas mal comprendre ce que je viens de dire dans cette 2° leçon. Si le Seigneur nous laisse tout ce temps, ce n’est pas parce qu’il aurait décidé que, seules les personnes parfaitement converties pourraient participer aux noces éternelles. Une telle attitude, non vraiment, ça ne ressemblerait pas à Jésus. Tout l’évangile dit le contraire, nous le montrant près des pauvres, des pécheurs, des gens imparfaits.

S’il tarde, ce n’est donc pas pour nous laisser une chance d’être parfaitement présentables lorsqu’il viendra. Non ! S’il tarde, c’est pour nous donner le temps de goûter à la vraie vie, une vie vécue, non pas dans la recherche des plaisirs futiles et éphémères, mais une vie vécue dans l’amour. Mère Teresa avait fait écrire cette belle phrase au-dessus de la porte de la maison dans laquelle elle accueillait toux ceux qui étaient rejetés : Tout ce qui n’est pas donné est perdu ! Une vie qui n’est pas donnée dans l’amour est une vie perdue et Jésus ne veut pas que nous nous perdions, que nous gâchions notre vie, il nous laisse donc le temps pour redresser la barre et réorienter nos vies pour qu’elles aillent dans le bon sens et que, ainsi, nous puissions goûter à la vie, telle qu’il la rêve pour chacun de nous.

La 3° leçon, elle est également très importante, elle permettra de répondre à une question que nous posons sans doute : oui, mais qu’arrivera-t-il à ceux qui n’auront pas profité de ce temps pour choisir la vie, la vraie vie ? Eh bien, voyez-vous, je suis persuadé que les cinq jeunes filles insouciantes, si elles étaient allées frapper à la porte du banquet en pleurant leur misère et en demandant humblement pardon pour leur insouciance, la porte se serait ouverte pour elles. Il ne peut pas en être autrement. Jésus a ouvert les portes du banquet des noces éternelles au larron sur la croix qui, dans une simple parole, reconnait sa misère, comment pourrait-il ouvrir la porte pour cet homme si peu fréquentable et la fermer pour les autres ?

Non, soyons-en certains à tous ceux qui osent reconnaitre humblement leur misère, il sera fait miséricorde. Notre misère, lorsque nous la reconnaissons, elle est comme un paratonnerre qui attire la miséricorde du Seigneur et nous ouvre toutes les portes. Le drame des jeunes filles insouciantes, c’est qu’elles sont allées chez les marchands en espérant trouver de l’huile pour sauver les apparences. Elles savaient bien qu’à cette heure-là les marchands étaient fermés, mais elles ne voulaient pas montrer leur misère, elles ont tout fait pour que l’époux ne voit pas leur misère. Dans ces conditions, que pouvait-il donc faire pour elles ? Retenons vraiment que Misère et miséricorde s’appellent l’une l’autre, que la misère reconnue et avouée attire la miséricorde du Seigneur qui ne demande qu’à se donner.

Prions pour que nous soit donnée la Sagesse dont il était question dans la 1° lecture, cette Sagesse qui est une belle figure de l’Esprit-Saint. Oui, que l’Esprit-Saint nous aide à croire que le Seigneur envisage sa venue non pas dans un tribunal mais pour un repas de noces. Que l’Esprit-Saint nous aide à faire les choix qui nous permettront, dans le temps d’attente que le Seigneur nous laisse, de ne pas gâcher nos vies. Enfin que l’Esprit-Saint nous aide à reconnaître régulièrement notre misère en demandant la miséricorde du Seigneur pour qu’au jour de sa venue, nous soyons suffisamment entrainés à le faire. En nous revêtant de sa miséricorde, il donnera cette huile éternelle qui jamais plus ne nous manquera, l’huile de la joie de vivre en sa présence dans l’amour.