EVANGILE du 5° DIMANCHE de PÂQUES : Jn 14, 1-12...
Article mis en ligne le 10 mai 2020

EVANGILE du 5° DIMANCHE de PÂQUES : Jn 14, 1-12

Dans cette page d’évangile, nous voici autour de la table du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Jésus vient de leur dire qu’il va partir :

« Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu de temps… » (Jn 13, 33).

Alors, il prend soin d’eux :

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé »

Puis, au lieu de dire ce qui va lui arriver, il leur annonce ce qui est en jeu pour eux dans son départ, puis son retour :

« Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi »

Mais qu’est-ce que les disciples pouvaient bien entendre à ce moment-là dans ces paroles ? Nous nous souvenons que c’était la question posée par les 2 disciples de Jean-Baptiste qui s’étaient mis à suivre Jésus (quand Jean-Baptiste leur avait dit « Voici l’Agneau de Dieu »)

« Maître, où demeures-tu ? » (Jn 1, 38)

Une fois encore, nous pouvons contempler comment Jésus les invite à croire en lui, à faire confiance à ses paroles, à se sentir partie prenante de ses promesses,
en contemplant la pédagogie pleine d’amour et de respect de Jésus pour ses disciples,
grâce à la rédaction particulière de Jean dans son évangile :

[où les phrases se succèdent comme « en spirale ascendante » : chaque phrase repassant par la précédente mais en y ajoutant quelque chose de plus. Ainsi, tout lecteur de Jean se trouve embarqué dans une démarche où son cœur est saisi, alors que son intellect –enfermé dans une logique linéaire – ne peut suivre …]

A plusieurs reprises dans cette page, Jésus commence par rejoindre ses disciples là où ils en sont ( même s’ils n’en ont pas claire conscience eux-mêmes) en posant plusieurs affirmations successives … qui vont surprendre les disciples … ainsi amenés à s’interroger… puis à questionner Jésus … dont les réponses vont les engager à choisir –ou à refuser— de croire en lui … et nous avec !

Première affirmation  : « Vous croyez en Dieu … » suivie immédiatement par l’invitation :

« Croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures … »

Jésus ouvre donc une toute nouvelle relation à Dieu : le Dieu du Sinaï, auquel croient ses disciples juifs, devient en Jésus un père, son Père, à qui il s’adresse en disant : « Abba, PAPA ! »

Deuxième affirmation : « Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »

D’où la question de Thomas : « Nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Réponse de Jésus : « MOI JE SUIS le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »
LE NOM de Dieu donné en réponse à la question de Moïse dans l’épisode du buisson ardent :

« HYWH », le « JE SUIS », imprononçable et inatteignable, devient ici, par Jésus, le nom
de LA Personne aimante, vivante et vraie, à laquelle Jésus donne accès par la foi en lui.
Jésus accomplit donc l’ardent souhait d’Isaïe : « Ah ! si tu déchirais les cieux ! et si tu descendais… » (Is 63, 19)

Troisième affirmation : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »

Les temps se bousculent d’une phrase à l’autre : la promesse future de la première, devient un présent dans la deuxième … De quoi décontenancer tout auditeur !
D’où la demande de Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »… qu’on peut entendre comme : s’il te plaît, n’en rajoute pas, ne complique pas : montre-nous le Père, cela suffit.

Réponse de Jésus : « Celui qui m’a vu, a vu le Père (…) JE SUIS dans le Père et le Père EST en moi. »

Avec Philippe, nous voici plongés au cœur du mystère de l’incarnation :

l’ identité de Jésus est celle de son Père, l’identité du Père est celle de Jésus… Mystère de la « kénose » divine : l’enfouissement du Dieu créateur, incommensurable, au-delà de tout, dans les limites de temps et d’espace de notre humaine condition, charnelle et mortelle. (cf. l’hymne aux Philippiens de St. Paul : Ph 2, 5-8)
On peut remarquer aussi que Jésus en fait la confidence à Philippe, après un reproche plein de tendresse : « Il y a si longtemps que JE SUIS AVEC VOUS, et tu ne me connais pas, Philippe ! »

Enfin, Jésus réitère sa demande initiale –« Croyez aussi en moi » —
mais maintenant en nous immergeant dans le mystère de sa relation au Père :
« CROYEZ-MOI : Je suis dans le Père, et le Père est en moi »

Les disciples – et nous aussi —reçoivent ici la révélation du sens des paroles et des œuvres de Jésus, le sens de sa vie et de son départ :
la relation au Père, la réalisation des paroles et des œuvres de son Père,
auxquelles Jésus convie les disciples – et nous aussi — par la foi en lui.

La foi est donc d’abord avoir confiance en Jésus, vivre l’expérience d’une relation intime et personnelle, à l’image de celle qui circule entre le Père et le Fils.

Tout ce qui précède nous a donc déployé la signification de la promesse du début :
« Je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où JE SUIS, vous soyez, vous aussi. "

L’évangéliste termine cette page par une concession de Jésus à celui qui ne croit pas encore en lui : « Si vous ne ME croyez pas, croyez DU MOINS à cause des œuvres elles-mêmes ».

Nous nous souvenons que c’était la même chose qu’il avait fait dire à Jean- Baptiste, demandant dans sa prison : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Enfin avec cette ultime promesse de Jésus  :
« Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père », on peut regretter que le texte ait été coupé de la fin de la phrase :
« et tout ce que vous demanderez en mon nom je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » :
la promesse de Jésus de « revenir »
trouvera sa réalisation dans les œuvres des disciples :
son « Corps mystique » à la gloire du Père,
Eglise visible et invisible, souffrante et triomphante :

« Par lui, avec lui et en lui,
A toi, Dieu le Père tout-puissant,
Tout honneur et toute gloire,
Pour les siècles des siècles.
AMEN ! »

Merci, Seigneur pour cette page d’Evangile où tu nous invites à devenir semblables à toi, humble et confiant dans l’amour du Père .
Donne-moi, Seigneur, d’entrer toujours plus avant dans le mystère de ton amour pour les hommes – unie à tes frères et sœurs par ton pardon, chemin vers le Père. Amen !

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